Observatoire 2026 « L’influence économique des entreprises dirigées par des femmes »Entrepreneures : le plafond de verre coûte des centaines de milliards à la France
Le problème n’est plus l’émergence : c’est le passage à l’échelle. C’est la conclusion centrale de l’Observatoire 2026. Les femmes dirigent 1,3 million d’entreprises, soit un quart (26%) du périmètre micro–PME–ETI, mais ne représentent que 12,45% du chiffre d’affaires, soit 403 milliards d’euros.
C’est deux fois moins, alors que ces entreprises affichent une meilleure rentabilité que celles dirigées par des hommes. Ce paradoxe n’est pas une question de performance. C’est une question d’accès aux opportunités de développement, donc à la croissance – avec à la clé un manque à gagner de plusieurs milliards pour l’économie française
Cet Observatoire, construit à partir des données publiques de 200 000 entrepreneures, a été élaboré par Les Alfas de l’économie, une initiative de la CPME visant à rappeler la place essentielle des femmes dans l’économie, et à lever les verrous qui entravent leur développement.
Les entreprises dirigées par les femmes contribuent déjà de manière significative à l’économie nationale :
- Plus d’un million de femmes dirigent une société,
- Elles génèrent 1,62 million d’emplois,
- Elles représentent plus de 40% des travailleurs indépendants,
- Et un tiers des entreprises de la micro-entreprise à l’ETI.
Pourtant, la réalité économique est implacable : alors que les entreprises dirigées par des femmes génèrent 403 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, leur chiffre d’affaires moyen est 2,4 fois inférieur à celui des entreprises dirigées par des hommes. Le constat est similaire chez les travailleuses indépendantes : bien qu’elles représentent 42% des effectifs, elles ne génèrent qu’environ un tiers des revenus de cette catégorie. De plus, leurs revenus annuels peuvent être inférieurs de plus de 30% à ceux de leurs homologues masculins selon les secteurs et les statuts.
L’Observatoire identifie différents obstacles structurels, dont :
Le financement bancaire : un handicap dès le départ. Les TPE dirigées par des femmes lèvent 25% de nouveaux crédits en moins que celles dirigées par des hommes. L’écart diminue quand l’entreprise grandit, mais le retard initial pénalise durablement la trajectoire de croissance.
Le capital-risque : un fossé abyssal. Si 20% des startups en France sont fondées par au moins une femme, le financement suit une logique nettement inégalitaire : le ticket moyen des équipes 100% féminines est inférieur de 77% à celui des équipes 100% masculines. Or le capital-risque est le carburant de l’hypercroissance de ces entreprises.
La complexité administrative : une double peine. Les femmes étant plus nombreuses à diriger des très petites entreprises, elles subissent davantage la surcharge administrative. À cela s’ajoute une charge mentale renforcée par la difficulté à articuler vie professionnelle et personnelle.
Face à cela, l’Observatoire propose des solutions concrètes :
- Mesurer pour piloter : instaurer plus de transparence sur la performance économique des entreprises dirigées par des femmes,
- Accélérer le financement de la croissance : créer des dispositifs orientés vers le passage PME vers ETI,
- Intégrer l’IA comme accélérateur : rendre l’intelligence artificielle systématique dans les dispositifs d’accompagnement dédiés aux femmes,
- Créer un statut spécifique dans les dispositifs publics de garde d’enfants, pour accompagner concrètement les entrepreneures, sans discrimination.
Fariha Shah, vice-présidente de la CPME en charge de l’entrepreneuriat au féminin et fondatrice de Cominty.AI, conclut : « L’ère de la justification est terminée. Place à l’ère de l’accélération. Cet observatoire n’est pas une fin en soi, mais une invitation à bâtir ensemble un avenir où le talent et l’ambition sont les seuls critères qui comptent. »
